Tagoe-Quarcoo, la polyvalence incarnée

coach mercy tagoe

Elle aura tout connu dans le football en tant que joueuse, arbitre et désormais entraîneure. Mercy Tagoe-Quarcoo appartient à cette trempe rare de personnes ayant presque tout essayé dans le domaine du football. Passionnée de sport, elle a joué au football au plus haut niveau, avec notamment une apparition à la Coupe du Monde Féminine de la FIFA en 1999 aux États-Unis.

C’était la toute première participation du Ghana au championnat mondial et elle est fière d’avoir été membre de cette génération dorée. Elle était également membre de l'équipe des Black Queens qui avait perdu contre le Nigéria lors de la finale du premier Championnat d'Afrique de football féminin au Nigéria en 1998.

Après quelque temps sur le terrain, Tagoe-Quarcoo a raccroché les crampons. Sa prochaine étape a été l'arbitrage puisqu'elle a également excellé dans ce domaine. Nommée meilleure arbitre du Ghana en 2006, ses exploits ne sont pas passés inaperçus et elle a officié au niveau continental notamment lors du dernier match de la Coupe d'Afrique des nations féminine 2008 (alors Championnat d'Afrique de football féminin) entre la Guinée équatoriale et l'Afrique du Sud, que le Nzalang Femenino avait remporté 2 -1.

Après avoir raccroché son sifflet en 2012, elle a exploré à nouveau sa polyvalence, avec l'entrainement comme destination suivante. Actuellement, elle est la sélectionneuse de l'équipe nationale féminine senior du Ghana. Mère de deux enfants, Tagoe-Quarcoo est également officier supérieur du Service National des Incendies du Ghana.

Dans une interview exclusive avec CAFOnline.com, la femme de 42 ans s'ouvre sur sa carrière dans le football en tant que joueuse, arbitre et entraîneure, entre autres.

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CAFOnline.com: Comment vous êtes-vous retrouvée dans le football ?

Mercy Tagoe: Ma passion pour le football s'est développée très tôt. Enfant, j'adorais tous les sports. J'ai commencé par le volleyball, puis le saut en hauteur, où j'étais championne régionale de l'Ouest durant mon séjour à l'école secondaire (à Fijai Secondary School). J'ai également pratiqué le tennis et le tennis de table. J'avais l'habitude de jouer et de regarder le football tout le temps et cela a en quelque sorte façonné mon choix de cours à l'Université. Je voulais intégrer le milieu du sport à n'importe quel titre. Ma première équipe était Supreme Ladies. Après quelque temps, il y a eu une fusion entre Supreme Ladies et Tema New Town Ladies avec un autre club à Tema (ville industrielle et portuaire du Ghana) qui a donné naissance à Bluna Ladies.

Comment s'est déroulée votre aventure chez les Black Queens?

J'ai été appelée à rejoindre les Black Queens en 1995. À l'époque, il n'y avait pas d'équipes féminines par tranche d'âge. Les footballeuses de la région constituaient l'équipe régionale de Grand Accra, et la plupart des joueuses venaient de là. J'étais très contente de cet appel car jouer pour votre nation est le plus grand rêve de chaque joueur. Grâce au travail acharné, nous nous sommes qualifiées pour la Coupe du Monde Féminine de la FIFA 1999 aux États-Unis, après avoir perdu face à l’hôte et rivalisé avec le Nigéria en finale de la première Coupe d’Afrique des Nations féminine (alors Championnat d’Afrique de football féminin). Parmi mes coéquipières, il y avait entre autres Alberta Sackey, Elizabeth Baidu, Genevive Clottey et nous avons été la première équipe ghanéenne à participer à un championnat mondial de football féminin. À notre retour des États-Unis, j'ai mis un terme à ma carrière de joueuse.

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Quand êtes-vous devenue arbitre?

En fait, j'ai commencé à arbitrer vers la fin de ma carrière de joueuse. En 1998, j'étais parmi les candidats retenus qui ont participé au cours sur les principes fondamentaux de l'arbitrage. Après, je me suis inscrite au niveau suivant, Classe Trois (3) et j'ai été accréditée comme telle. Après trois ans, j'ai obtenu une promotion en Classe Deux (2).

Quand j'ai obtenu mon badge de Classe 2, je jouais toujours pour l'équipe nationale. En 2005, j'ai été accréditée comme arbitre internationale et j'ai reçu mon badge FIFA. À ce stade, j'ai commencé à officier en Premier League du Ghana. Avant cela, je m'occupais de matchs dans les divisions inférieures du football ghanéen (les divisions 3, 2 et 1). Le fait saillant de ma carrière d’arbitre a été d’arbitrer le dernier match de la Coupe d’Afrique des Nations 2008 en Guinée équatoriale, ainsi que le Mondial féminin U-20 de la FIFA 2010 en Allemagne. Après un certain temps, j'ai atteint un point où je me suis rendue compte que l'âme voulait poursuivre, mais la force de mon corps ne me suffirait pas pour continuer à arbitrer; et à ce stade, j'ai décidé de devenir entraîneure. J'ai donc suivi des cours.

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Comment se déroule votre parcours d'entraîneure jusqu'à présent?

J'avais déjà un diplôme d'entraîneur à l'université, mais il me fallait obtenir les autres certificats requis qui me permettront d'entraîner n'importe quelle équipe au Ghana. J'ai obtenu mon premier certificat qui était la licence C de la CAF, puis j'ai évolué vers la licence B et enfin la licence A, ce qui m'a beaucoup aidé dans ma carrière d'entraîneur.

J'ai commencé ma carrière d'entraîneur avec Prisco Minis, un club populaire de jeunes basé à Tema. Plus tard, j'ai rejoint le Gye Nyame FC, une équipe de troisième division également à Tema. En 2016, j'ai fait un bond vers l'avant en rejoignant Amidaus Professionals, en tant qu'entraîneur adjoint, dans la Premier League du Ghana. Pendant que je travaillais avec Amidaus Professionals , je suis allée au Cameroun pour suivre un cours d'instructeur de la CAF et à mon retour, je suis plutôt passée au football féminin. La direction d'Halifax Ladies, une équipe de deuxième division, m'a approchée et j'ai accepté de les rejoindre. Je dois officiellement dire que tout cela n'avait rien à voir avec l’argent, car je voulais avant tout maîtriser l’art d'entraîner. J'ai accepté le poste et j'ai qualifié l'équipe pour la Premier League féminine.

Quand avez-vous reçu l'appel de l'équipe nationale?

En 2018, j'ai eu ma première expérience en équipe nationale en tant qu'assistante de l'entraîneur-chef Mas-Ud Didi Dramani (actuellement au FC Nordsjaelland au Danemark). Après un match amical contre la France, Didi a eu l'occasion de se rendre au Danemark, laissant le poste d'entraîneur des Black Queens vacant.

Entre-temps, j’ai pris le contrôle des Black Queens, les guidant vers le titre au Tournoi féminin UFOA en Côte d’Ivoire. Après cet exploit, j'ai été informée par la Ghana Football Association de revenir à mon rôle d'assistante et de seconder l'un des meilleurs entraîneurs masculins du pays (Bashir Hayford) alors que l'équipe se préparait pour la Coupe d'Afrique des Nations féminine Total Ghana 2018.

Plus tôt cette année, j'ai été confirmée entraîneure principale des Black Queens, devenant ainsi la première femme entraîneure de l'équipe.

Pendant mes beaux jours, nous jouions pour le plaisir et la fierté; mais le football a pris une tournure commerciale. Je me souviens quand nous sommes revenues de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA 1999 aux États-Unis, et qu’on nous a donné 500 USD chacune, nous étions sur la lune. Mercy Tagoe-Quarcoo

Quel a été le rôle de votre famille dans votre parcours footballistique?

Heureusement, ma famille m'a toujours soutenue en tant que sportive. Mes enfants ont grandi en me voyant comme une sportive. Ils y sont habitués, heureux et fiers de m'avoir. Mon mari (Daniel Anum Quarcoo) est aussi un sportif donc il me comprend. Il était gardien de but de l'équipe nationale de handball. Il a été mon manager, mon conseiller et mon amour.

Quels ont été les obstacles sur le chemin?

Il y a eu de nombreux défis, surtout en tant que femme et débutante. Il y a encore des gens qui doivent accepter le fait que les femmes ont la qualité pour entraîner les meilleures équipes. Je ne leur en veux pas car ils ont leurs raisons. Je crois que lorsque vous apprenez sur le tas, c'est plus facile car plus de temps équivaut à plus d'expérience. Pour arriver ici, ça a été un travail difficile car je n'ai pas cherché de faveurs. L'autre défi est d'être une épouse et une mère, de même que gérer mes employeurs (Ghana National Fire Service). Les challenges sont nombreux, mais je n’aime pas personnellement en parler. Je les vois plutôt comme des éléments de motivation pour travailler plus dur et prouver aux sceptiques que je peux vraiment faire le travail.

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Quels objectifs vous êtes-vous fixée en tant qu'entraîneure des Black Queens?

La qualification pour les compétitions majeures telles que la Coupe d'Afrique des nations féminine totale 2020, la Coupe du monde féminine de la FIFA et les Jeux olympiques. Le Ghana a participé à l'édition 2018 de la CAN féminine en tant qu'hôte. Avant cela, la qualification était difficile depuis un certain temps. Il en va de même pour la Coupe du Monde Féminine de la FIFA dont notre dernière apparition a eu lieu en 2007. De plus, le Ghana ne s'est jamais qualifié pour les Jeux Olympiques et c'est l'une des choses que je souhaiterai réaliser en tant qu'entraîneure. Je sais que ce ne sera pas facile, mais avec le soutien de toutes les parties prenantes, nous pouvons y parvenir.

Ayant été impliquée dans le milieu du football depuis plus de deux décennies, comment comparez-vous le passé au présent?

Pendant mes beaux jours, nous jouions pour le plaisir et la fierté; mais le football a pris une tournure commerciale. Je me souviens quand nous sommes revenues de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA 1999 aux États-Unis, et qu’on nous a donné 500 USD chacune, nous étions sur la lune. En effet, la chance de jouer pour la nation et de porter le maillot national était suffisante. C'était une question de passion. Lors du match contre l'Australie lors de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA 1999, les larmes ont coulé sur mes joues alors que l'hymne national retentissait. Je me sentais tellement fière du maillot national avec les mains sur la poitrine et sachant que mes parents me regardaient à la télévision à la maison. C'est la passion dont je parle, très différente de ce que nous voyons de nos jours.

D'un autre côté, il y a un énorme changement de perception, car les parents encouragent désormais leurs filles à jouer au football. J'ai reçu des appels de parents demandant des essais pour leurs filles. C'était le contraire lorsque j'ai commencé à jouer. Les parents voyaient mal leurs filles jouer au football et préféraient qu'elles se concentrent sur les tâches ménagères. Ils considéraient le football comme un sport d'hommes.