Thuto Ramafifi : de Ledumang à la Géorgie

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Thuto Ramafifi a grandi dans la banlieue peuplée de Gaborone, à Ledumang. Comme pour la plupart des filles au Botswana, il y avait quelques disciplines sportives dont elle pouvait tomber amoureuse. Cependant le football n'était pas une option à l'époque.

À l'école primaire, Ramafifi a joué au netball. Elle était tireuse et parfois déployée comme ailière grâce à sa taille. Elle a poursuivi ses études à Ledumang Senior School. Ce fut une éducation difficile pour la jeune femme aujourd'hui âgée de 28 ans qui devait se rendre à l'école tous les jours à pied, et aussi essayer de briser une norme existante qui était contre la pratique sportive pour les filles.

«Je me souviens encore de tout, c'est comme si c'était hier que j'étais décrite comme une fille anormale. Tout cela parce que j'étais une race rare - la seule fille - dans une famille de garçons, et que je voulais faire tout ce qu'ils faisaient. Je n'ai jamais voulu occuper le deuxième rang dans le jardinage ou dans toute autre tache réservée aux garçons", a déclaré la joueuse basée aux États-Unis à CAFOnline.com.

THUTO

Briser l'obstacle familial

«Nous avions deux chiens et j'allais courir avec eux. Mon grand-père était contre car il considérait ces jeux adaptés aux garçons. Il voulait que je m'en tienne à des sports dits féminins et aux tâches ménagères. »

Comme une vocation biblique, son amour pour le football a dépassé celui de tous les sports traditionnels populaires. C'est peut-être parce qu'elle a grandi dans une famille majoritairement composée de garçons. À l'école, elle a joué avec ses homologues masculins. Elle a adoré cela et a toujours voulu gagner.

À sa grande déception, elle ne bénéficiait d'aucun soutien familial, même de la part de sa mère, qui n'était pas favorable à ce qu'elle joue avec les garçons.

«Ma mère me grondait toujours pour que j'arrête de jouer avec les garçons. Cependant, les garçons de l'école avaient pris l'habitude de m'inclure dans leur équipe. J'ai été plutôt un porte-bonheur pour eux car mon équipe remportait la plupart des duels.

«Plus le temps passait, plus je ratais les séances de netball car trop occupée à jouer au football. Certains de mes professeurs ont essayé de me ramener au netball, mais mon esprit était tourné vers le football », a déclaré Ramafifi.

«Puis est venu le moment où je me suis retrouvée face à un dilemme lorsque ma tante m'a demandé de choisir entre mes études et le football. La plupart des parents à l'époque considéraient le football comme une perte de temps. C'était un choix très douloureux à faire. J'ai pleuré toute la journée parce que je devais en choisir un, ce que je n'ai pas fait. Je ne pouvais pas prendre de décision. Ma famille pensait que je ne savais pas comment équilibrer les deux et trouvait que le football prenait beaucoup de mon temps; mais comme une visionnaire, j'ai ressenti le contraire. »

Ma mère me grondait toujours pour que j'arrête de jouer avec les garçons. Cependant, les garçons de l'école avaient pris l'habitude de m'inclure dans leur équipe. J'ai été plutôt un porte-bonheur pour eux car mon équipe remportait la plupart des duels. Thuto Ramafifi

Avec le temps, les choses ont commencé à changer et sa famille lui a soudainement apporté un soutien complet, consciente de ses capacités dans le football. Ils ont même fait tout leur possible pour lui acheter des chaussures de foot et voyager pour regarder ses matchs.

«Ma famille me surprenait et venait me regarder jouer. Parfois, je pouvais les entendre chanter mon nom depuis la ligne de touche. Au début, leur présence m'intimidait. J'en tremblais dans les phases initiales, mais comme je m'y suis habituée, cela m'a vraiment motivée à jouer à fond non seulement pour mon équipe mais aussi pour eux », a ajouté Ramafifi, toujours souriant.

De Botswana aux USA

Après un certain temps au Botswana, les offres à l'étranger se sont multipliées et Ramafifi a opté pour les États-Unis d'Amérique.

Actuellement, elle joue dans la National Collegiate Athletic Association (NCAA) avec l'Université d'État d'Albany en Géorgie, tout en étudiant les systèmes d'information sur les entreprises. Elle a également étudié la gestion des ressources humaines à l'Université de Salem.

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Comme tout autre footballeuse, il y a de nombreux matchs à retenir et à chérir. Certains seront évidemment ceux qu'elle veut oublier et effacer de sa mémoire.

«Mon meilleur match que je chérirai et dont je me souviendrai toujours et que je dédierai à ma famille a été quand j'ai marqué mon tout premier but pour l'équipe nationale senior contre la Namibie à l'âge de 15 ans. De plus, je garde un bon souvenir de notre première victoire contre l'Afrique du Sud chez elle (Polokwane) en 2011 . Ce sont des moments à couper le souffle et je ne peux jamais les comparer à quoi que ce soit. »

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The Queen of Goals (La reine des buts), comme elle est affectueusement appelée par ses coéquipières et ses pairs, rêve de jouer dans une grande ligue féminine européenne, pour montrer son talent sur la grande scène.

"Au cours des cinq prochaines années, mon rêve est de jouer pour l'équipe féminine de football d'Arsenal", a conclu Ramafifi.

Le voyage en Angleterre ne sera pas rose et l'attaquante espère conduire les Zèbres à se qualifier pour un championnat continental majeur pour se frotter aux gros canons et annoncer sa présence sur la plus grande scène du football féminin.

Le Botswana affrontera la Namibie voisine lors du premier tour des éliminatoires de la Coupe d'Afrique des nations féminine 2020. Si le Botswana traverse l'obstacle namibien, il se retrouvera face au Gabon ou la République centrafricaine pour un billet pour le tournoi final, qui se disputera pour la première fois avec 12 équipes.